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Débat public : L'enfant au conservatoire, un projet familial
Dans les conservatoires, être à l'écoute des questions ou difficultés des parents est fondamental pour la réussite de l'élève : mais comment le faire ? Faut-il apprendre à devenir parent d'élève de conservatoire ? Retour sur le débat du 8 février.

Ce débat s’est tenu le 8 février après midi lors de notre journée de rencontres nationales. Durant deux heures, parents, professeurs, directeurs ont échangé sur cette question. Quelques points forts sont ressortis de ces échanges informels.

Une question centrale pour les uns, marginale pour les autres

Lorsque le projet artistique fait irruption dans la famille, il est souvent la conséquence d’une démarche volontariste des parents. L'inscription d'un enfant au conservatoire est un acte centré autour de l'enfant et de l'art.

Or l'enfant va effectuer ses premiers pas au conservatoire généralement très jeune, à un âge où l'autonomie ne va pas de soi. La famille joue alors un rôle d'accompagnement fondamental, au sens propre et figuré.

Quand arrive l'âge du collège, le jeune acquiert petit à petit son autonomie pour le trajet domicile-conservatoire (quand les propositions de transport en commun existent) mais le soutien de sa famille reste important voir crucial pour faire face aux aléas de la motivation d'un adolescent.

Bien que l'enfant soit clairement au coeur du projet d'enseignement artistique, la famille doit absolument y trouver sa place.

Parent investi ou parent intrusif ?

Les échanges ont permis de mettre en avant un point dont les familles ne sont pas toujours conscientes : là où elles ont peur de ne pas savoir faire, de ne pas comprendre, de ne pas être à la hauteur, les professionnels s'inquiètent de ces parents qui pourraient s'impliquer trop fortement (et à contresens) dans l'apprentissage de leur enfant. Ainsi, les parents ayant eux mêmes déjà suivi un cursus de conservatoire, ne seraient pas forcément un atout pour leurs enfants : face aux (r)évolutions des esneigneemnts de conservatoire, ils sont souvent démunis, n'y retrouvant plus les méthodes et les fonctionnements qu'ils ont connus. Le risque est alors grand de voir le parent peut alors passer du statut du parent investi au parent intrusif…

La "compétence" attendue du parent n'est alors pas la maîtrise du domaine artistique abordé par son enfant mais plutôt par sa capacité à accompagner avec bienveillance l'enfant dans son parcours, et à partager avec lui le plaisir de l'expression artistique.

Cependant cette position n’est pas soutenue par l’ensemble des professionnels et certains incitent même les parents à assister aux cours les premières années afin d'aider l'enfant dans son travail.

Dans certains établissements, l'accent est mis sur la solidarité entre élèves par une aide apportée sous forme de tutorat des élèves plus avancés vers les plus jeunes. 

Passer d’une culture de l’implicite à une culture de l’explicite

Les écueils constatés sont souvent le fruit d’une incompréhension par les familles des attentes des professeurs et du conservatoire. Beaucoup de "règles de vie" du conservatoire, de "savoir-être" de l'élève et de sa famille relèvent trop souvent d'un implicite que seuls certains, de plus en plus rares, savent décoder.

L'ouverture accrue du conservatoire à différents publics, rend indispensable l'explicitation de ces savoirs : avoir une pratique quotidienne, mettre sa partition sur un pupitre, ne pas se contenter de jouer d’un bout à l’autre sa partition en répétant les mêmes erreurs... ne sont pas des attitudes qui vont de soi. L’enseignant doit s’assurer que l’enfant, et donc sa famille, aient compris ce qu’on attend de lui.

Mais tout ceci nécessite ed prendre le temps : or les plannings, tant des enseignants que des familles, sont serrés. Ce temps d’explication, nécessaire, relève d’une démarche volontariste et réfléchie tant de la part des enseignants que des parents.

La place des familles et des usagers dans la structure

Si la structuration de la parole des familles parait une priorité pour chacun, sur le terrain, difficile de traduire cette volonté dans les pratiques : trouver des familles prêtes à s’impliquer et à s’approprier la notion de représentation d’une parole collective ou d’intérêt général est déjà une gageure pour les associations existantes ! alors que penser des situations où il faut créer un "collectif" de toutes pièces....

Pour les structures, faire une place à cette parole et à sa représentation ne va pas de soi. La question de la légitimité est souvent posée : à partir de quel niveau, de quel nombre d’adhérents, une association est elle représentative et /ou légitime ? Quand il n’y a pas d’association mais des représentants au conseil d’établissement, comment ces derniers peuvent-ils porter une voix collective ? Doit-on se former à cette représentation ? Cette formation doit-elle être assurée par les structures fédérales des associations et/ou par la direction des conservatoires ?

Le conservatoire,  lieu de vie et centre d’éducation populaire ?

Le passage au conservatoire d’un enfant a de multiples conséquences sur la vie de la famille : allers et retours à gérer, temps d’attente, accompagnement aux auditions… le ou les parents (et éventuellement les autres membres de la fratrie ou de la famille) passent eux aussi pas mal de temps au sein du conservatoire. Les lieux sont plus ou moins bien conçus pour cet accueil et une réflexion collective sur cette question est indispensable : penser le conservatoire comme un lieu de vie, une fabrique de lien et proposer une offre artistique à ce public spécifique.

Car au delà de la présence physique, le parcours artistique de l’enfant amène sa famille à découvrir une discipline, un répertoire, des formes artistiques. Si la découverte est totale pour une famille qui n’avait aucune connaissance artistique, le renouvellement de l’enseignement fait que même une famille « initiée » va en découvrir de nouvelles facettes. C’est donc une véritable mission de médiation culturelle et d’éducation populaire qui est prise en charge de manière indirecte et parfois inconsciente par ces lieux d’enseignement spécialisé. Cette fonction du conservatoire doit absolument être consciente et donc réfléchie en prenant en compte la diversité des profils des familles. 

Le conservatoire, un projet collectif ?

La finalité du conservatoire d'aujourd'hui serait donc la pratique artistique collective : toute la structuration de l'enseignement est sous-tendue par l'ambition d'amener les élèves à une participation active à une pratique artistique en amateur au sein de formations favorisant la création de lien social.

Ainsi, l'un des directeurs présents a rappelé qu' « il faut bien comprendre que l’enseignement en conservatoire est un enseignement dont le but est la pratique collective ; en aucun cas un enseignement individuel, qui lui, relève d’une démarche individuelle ». Une différence notable entre une démarche d'éducation, apportée par un établissement public, et une pratique de loisir laissée au libre-arbitre de chacun.

Certes, mais est-ce toujours aussi évident que cela ?

 



Mis à jour le 27/03/2014