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Regard sur l'enseignement musical à Berlin
Chrystel Marchand , directrice du conservatoire Darius Milhaud dans le 14ème à Paris est partie en mission trois mois à Berlin pour y étudier le fonctionnement des écoles de musique .

Pour le milieu de la musique "classique" en France,  l'Allemagne semble être un pays de cocagne : orchestres et opéras très nombreux dont la légitimité n'est pas mise en question (?) et dans lesquels les musiciens titulaires ont de bonnes conditions de travail, enseignement supérieur bien organisé et bien réparti sur le territoire... on le sait l'Allemagne est un pays de musiciens.. Mais il existe aussi d'autres réalités plus contrastées. Le témoignage de Chrystel Marchand de retour de son voyage d'étude apporte un éclairage instructif sur une situation particulière : celle des écoles de musique de Berlin.

Il ne faut pas oublier que chaque Land en Allemagne a une grande autonomie de gestion : la situation de Berlin, état pauvre en Allemagne, lui est tout à fait spécifique . Ce témoignage n'est donc pas représentatif de ce qui se passe dans les autres régions allemande.

Les écoles de musique observées par Chrystel Marchand font parties du réseau d'établissements géré par le Land de Berlin. Ce sont donc des écoles qui sont financées par de l'argent public.Il existe une école par arrondissement qui peut avoir plusieurs antennes.

Une offre à la carte

Voilà une donnée de base qui semble impensable pour les usagers des conservatoires en France. Mais là c'est absolument le cas : au moment de s'inscrire à l'aide d'un formulaire en ligne ( à n'importe quel moment de l'année!) on choisit la discipline, l'esthétique ( car ici point de segmentation entre musique "classique" et musique"actuelle"), la durée du cours (20mn , 1/2 heure, 45 mn, 1 heure...) , les différents modules (cours d'instrument et/ou pratique collective et /ou enseignement théorique etc..) le lieu d'enseignement .L'établissement reçoit la demande et vous appelle pour vous proposer une place ou vous mettre le cas échéant en liste d'attente.

Vous pouvez vous inscrire à tout âge de la crèche jusqu'au 4ème âge...

Une fois que vous avez intégré l'école , vous y restez aussi longtemps que vous voulez: il y a des cycles mais pas de limitation dans le temps, pas d'examen... L'usager est donc maitre de son parcours et peut rester élève tout au long de sa vie.

Côté participation  financière des usagers , elle est calculée en fonction du nombre et du type de module choisi et est assez onéreuse puisqu'elle représente  53% du coût réel. ( pour comparaison dans les conservatoires la participation moyenne est de l'ordre de 10%)

Dépistage des enfants doués

Mais alors comment font les Berlinois pour former des musiciens performants et  des élèves aptes à intégrer l'enseignement supérieur ?  Au sein de ces écoles, il existe un dépistage des enfants doués, ou ayant une appétence particulière. Une fois repérés, l'école va leur proposer un parcours plus intensif avec un doublement du nombre de cours de la discipline principale et l'ajout de matières complémentaires.

Il est possible également de passer les épreuves d'un concours ( qui a une déclinaison locale, régionale et nationale) organisé par une association nationale. Ces concours annuels préparés au sein de l'école de musique permettent de valider un niveau acquis et ressemblent beaucoup aux évaluations pratiquées dans nos conservatoires à ceci près que là bas tous les élèves qui se présentent sont volontaires.

Des moyens faibles et des conditions d'emploi difficiles

Quand on passe de l'autre côté du miroir et que l'on regarde les modes de  gestion et les conditions d'emploi on réalise alors que la réalité n'est pas très réjouissante. Le Land de Berlin est un des plus pauvres d'Allemagne, les financements disponibles pour l'enseignement artistique sont faibles. Les écoles de musique sont dotées par le Land de Berlin. Leur gestion très soigneusement controlée et surveillée: de grands tableaux intègrent de multiples données qui permettent de calculer pour chaque école son coût par unité d'enseignement (ces données sont publiques!). Le coût médian du coût par unité d'enseigement des 12 écoles est calculé. Celles qui dépassent ce coût voient leurs subventions immédiatement diminuer, celles qui sont en dessous augmenter par un système de bonus malus.On imagine que cela ne rend pas la gestion de ces établissements très sereine. D'autant plus que contrairement à ce qui se passe chez nous le coût des batiments est intégré à ces calculs... Les actions en milieu scolaire sont nombreuses, souvent pour de la pratique collective : ces interventions soient payantes pour les élèves qui y participent à hauteur de 100% du coût réel ce qui les rendent d'autant plus attractives pour des écoles de musique en recherche constante  de moyens.

Les professeurs sont à 80 % des vacataires dont le statut se raprochent des auto entrepreneurs : ils payent eux même leur couverture sociale. Les salaires horaires se situent entre 21€ et 23€ ( dont il faut après déduire les charges).  Le nombre d'heures dépend directement du nombre d'élèves et donc peuvent chuter drastiquement en cas de démissions en chaîne... bref un cadre d'emploi pas franchement idyllique.

Voilà donc des conditions de travail qui ne risquent pas de faire rêver directeurs et professeurs français...

Un engagement fort et un maître mot : l'épanouissement de l'élève

Côté statistiques, si on compare la situation à Paris ou Berlin pour le pourcentage d'élèves des écoles de musique par rapport à la population totale de la ville, le taux de Berlin est légèrement plus élevé mais ce chiffre est à mettre en perspective car l'offre de Berlin s'adresse à la totalité de la population alors qu' à Paris cette offre est réservée aux enfants.

Mais au delà des chiffres, des moyens, des conditions de travail, Chrystel Marchand a pu témoigner de l'engagement fort des acteurs engagés dans ces structures. Le maître mot de ces établissements c'est l'épanouissement des élèves. Les interactions avec le système scolaire sont nombreuses .

Dans les zones les plus démunies, des politiques volontaristes sont mises en place pour toucher les publics les plus éloignés :des actions menées auprès des plus petits (dès la crèche) comme des plus âgés en maison de retraites, interventions en milieu scolaire systématiques.

Les associations de parents sont très attentives au devenir de leurs écoles. Très dynamiques, elles s'invitent dans le débat public et par des actions collectives peuvent faire entendre leurs demandes.

Toute une vie musicale bouillonne donc dans ces 12 établissements ... alors oui l'Allemagne est peut être bien un pays de musiciens!

plus d'infos : le blog de Chrystel Marchand qu'elle a alimenté pendant ces trois mois de mission de javier à mars 2014.

 

 

 

 

 



Mis à jour le 18/07/2014