Le ministère de la culture, outil de politique culturelle ?
Alors que les projets de réorganisation fuitent, depuis novembre, les missions du ministère réaffirmées manquent clairement de vision. Quelle politique culturelle cet outil doit-il servir ?

CAP 2002

Le monde de la culture et de l'audiovisuel ne bruisse que de cela depuis novembre : la contribution du ministère de la Culture à la réflexion sur la modernisation de l'Etat (Action publique 2022, nouvel avatar de modernisation des services publics et surtout des moyens alloués, principalement en matière de personnels) qui affiche ses "ambitions" en matière d'organisation à la fois en interne et vis-à-vis des acteurs culturels. Deux présentations "secrètes" largement diffusées par les syndicats et la presse...

Le ministère de la Culture a-t-il encore un cap ?

La présentation consacrée au ministère de la Culture offre une vision de son fonctionnement, merveilleuse de technocratie, et une lecture des politiques culturelles, troublante de nombrilisme. 

Une fois encore, la question se pose en termes de moyens bien avant de s'intéresser aux fins. C'est peut-être ce qui marque le plus à la lecture de ce support de présentation : la quasi-absence des missions (rappelées en un quart de page, tirées des rapports annuels de performance) et à l'inverse, une pléthore de pages consacrées à l'examen des différentes politiques publiques (au sens du budget de l'Etat) et des pistes d'évolution (surtout à la baisse). 

Sortir du relativisme culturel

En effet, il y a matière à s'interroger sur la fonction d'un "ministère de la Culture" dont la mission devrait être de "tenter d’organiser des relations équitables entre culture cultivée, culture populaire et culture de masse", ainsi que le relèvent Isabelle Mathieu et Claude Patriat (Université de Bourgogne) dans un article paru en décembre, dans la revue en ligne The Conversation.

Les auteurs y rappellent notamment que "de même que la maîtrise des formes est une condition de la création, la maîtrise des codes est indispensable au travail culturel, qu’on le veuille ou non, qu’on le déplore ou qu’on s’en satisfasse. L’ignorer, c’est vouer à l’échec tout processus démocratique de mise en culture de l’art, c’est condamner à une vie séparée culture cultivée et culture populaire, c’est consacrer des pratiques culturelles socialement distinctes et distinctives. Et c’est aussi, et peut-être surtout, jeter la culture populaire dans les bras avides des industries culturelles."

Une belle contribution au débat sur les politiques culturelles... Une fois trouvé le cap, alors sera-t-il temps de s'interroger sur le ministère le plus adapté pour s'y diriger.



Mis à jour le 23/01/2018